La liquidation judiciaire de la Fonderie de Bretagne, prononcée jeudi 15 octobre, replace l’État, Renault et le repreneur Europlasma face à leurs responsabilités dans le sort de ce site industriel du Morbihan qui emploie 244 salariés. Dès le soir de la décision, le délégué CGT du site, Maël Le Goff, a mis en cause directement les pouvoirs publics. “On en veut beaucoup à l’État”, a-t-il déclaré sur franceinfo, au lendemain d’un jugement qui ouvre la voie au licenciement de l’ensemble du personnel.
Selon le syndicaliste, l’administration avait pourtant multiplié les signaux rassurants. “Ils ont essayé de nous rassurer maintes et maintes fois sur la poursuite de l’activité et aujourd’hui, nous sommes liquidés, donc rien ne me rassure”, a-t-il poursuivi. Ce décalage entre les annonces publiques et l’issue judiciaire constitue le cœur de la contestation portée par la CGT, qui parle d’un “énorme sentiment de gâchis, un gâchis économique et social”.
Maël Le Goff a détaillé les éléments qui, selon lui, rendaient la fermeture évitable : “On parle d’une entreprise qui ne devait nullement fermer, une entreprise avec plus de 150 millions d’euros d’investissement sur les dix dernières années, une entreprise avec 150 ans de compétence.” Il résume le sentiment des salariés en trois mots : “On ressent du dégoût et un sentiment d’abandon de l’État, ainsi qu’une trahison de Renault.”
La dimension sociale de la décision nourrit les inquiétudes. “La moyenne d’âge ici est de 49 ans. Retourner dans le monde du travail à cet âge-là va être compliqué pour tout le monde”, a souligné le délégué syndical, pointant les difficultés de réinsertion d’un personnel vieillissant après la liquidation.
Le parcours récent du site éclaire les responsabilités en jeu. La Fonderie de Bretagne, qui produit des pièces en fonte destinées aux suspensions et aux échappements, avait été reprise il y a un peu plus d’un an par le groupe Europlasma, qui entendait diversifier sa production en fabriquant des corps creux pour des obus de mortier. Mais, selon la CGT, le groupe n’a jamais versé l’intégralité des sommes promises. Par ailleurs, la production, interrompue après un incendie survenu en janvier 2026, n’a jamais réellement repris.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, est intervenue à son tour jeudi soir sur X pour exiger des comptes. “Le massacre de nos fonderies continue avec la liquidation de la Fonderie de Bretagne. Renault, Europlasma et l’État doivent rendre des comptes. Stop aux arrangements entre amis. Place aux actes”, a-t-elle écrit, condamnant une décision qui envoie 244 salariés vers le licenciement. Elle a également appelé le président Emmanuel Macron à “sauver ce site stratégique”, invitant le chef de l’État à intervenir directement dans un dossier où les engagements publics et privés se sont, selon le syndicat, succédé sans être honorés.
Au-delà du cas breton, la liquidation pose la question du suivi des reprises d’entreprises et de la tenue des engagements pris par les repreneurs comme par les pouvoirs publics. Pour les salariés du site, la bataille se déplace vers la recherche de garanties sur leurs conditions de départ, alors que l’avocat du comité social et économique avait réclamé “tous les appuis” pour que “les salariés partent dans des conditions aussi dignes que possible”. L’État répondra-t-il à l’appel lancé à l’Élysée, ou laissera-t-il la justice achever seule ce dossier ?