Régulation américaine : le marché sanctionne les géants de l’intelligence artificielle
La perspective d’un durcissement de la régulation à Washington a précipité, jeudi, les poids lourds de l’intelligence artificielle dans leur pire séance boursière depuis des mois, voire des années. Ce mouvement de défiance, déclenché dans le sillage de la victoire démocrate aux élections de mi-mandat américaines, accélère une correction déjà engagée depuis plusieurs semaines. Il interroge désormais le cadre dans lequel ces entreprises, devenues des acteurs systémiques des marchés, exercent leur puissance économique.
Les chiffres donnent la mesure du séisme. Le Nasdaq 100, indice qui rassemble cent grandes capitalisations non financières américaines dominées par les géants du numérique, a lâché près de 15 % depuis son record du 6 octobre. La claque est particulièrement rude pour les « Sept Magnifiques » (Apple, Microsoft, Google, Amazon, Meta, Nvidia et Tesla), piliers de la Bourse new-yorkaise, dont la valeur cumulée a fondu de 9,5 % depuis cette même date, effaçant près de 2 400 milliards de dollars. Parmi les reculs les plus marquants figurent Nvidia, en retrait de 24 %, Alphabet, maison mère de Google, en baisse de 18 %, et Meta, qui cède 16,5 %.
Les fabricants de puces, au cœur de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle, figurent parmi les premières victimes de ce regain d’aversion. Nvidia, fer de lance du secteur et deuxième valorisation mondiale derrière Apple, a plongé de 9,3 % jeudi, sa plus forte baisse quotidienne depuis janvier 2025. La sanction est plus lourde encore pour AMD, dont le titre a dévissé de 17,3 %. Les dégagements ont également touché d’autres acteurs majeurs du numérique : Broadcom a perdu 10,4 %, son pire recul depuis juin, tandis qu’Oracle, géant du cloud, cédait 6,9 %.
Les entreprises liées à Elon Musk, soutien financier clé des républicains durant la campagne, ont payé un lourd tribut à cette séquence. Tesla a dévissé de 10,8 %, sa deuxième plus forte baisse de l’année. SpaceX, de son côté, lâchait 9,1 %, sa quatrième pire séance depuis son entrée en Bourse en juin 2026. L’érosion s’inscrit dans la durée : SpaceX affiche une décote de près de 36 % face à ses records de mi-juin, alors que la capitalisation de Tesla est inférieure de 19 % à son record de mai.
L’onde de choc a ensuite franchi les frontières, frappant avec force les places asiatiques, dont plusieurs sont très exposées au secteur technologique. À Tokyo, le Nikkei 225 a abandonné plus de 20 % comparé à ses sommets de fin juin. À Séoul, le Kospi, très dépendant de l’industrie technologique, a plongé d’environ 45 % sur la même période. Sur le marché taïwanais, le Taiex, au sommet début octobre au même titre que le Nasdaq, a cédé plus de 20 % en un mois.
Au-delà de la séance de panique, c’est bien la question du rapport de force entre les autorités publiques et les entreprises technologiques qui se trouve au centre de cette séquence. Les investisseurs ont interprété le résultat du scrutin de mi-mandat comme un signal annonciateur d’une surveillance accrue de Washington sur les acteurs de l’intelligence artificielle, un secteur dont les valorisations avaient atteint des sommets historiques. La réaction des marchés, brutale mais alignée sur une correction amorcée depuis plusieurs semaines, témoigne de la sensibilité de ces capitalisations à tout changement dans l’environnement réglementaire qui encadrera leurs activités.
Pour une analyse complémentaire du phénomène, voir ce rappel contextuel : https://www.20minutes.fr/economie/4261003-20261106-apres-defaite-donald-trump-midterms-secteur-ia-devisse-marches-mondiaux
Reste à savoir si les législateurs et régulateurs américains, désormais dotés d’une marge de manœuvre renouvelée par le scrutin, transformeront cette pression de marché en cadre normatif effectif, ou si la correction boursière suffira à rééquilibrer, sans intervention formelle, un secteur longtemps laissé à sa propre dynamique.