Jeunesse indienne : la justice ordonne la libération des leaders

Jeunesse indienne : la justice ordonne la libération des leaders

Des militants relâchés alors que la contestation sur les listes électorales s'amplifie

Inde : la justice ordonne la libération des chefs des « cafards », la jeunesse reste combative

New Delhi s’est réveillée dimanche 11 octobre dans une atmosphère d’état de siège. Un tribunal de la capitale indienne a ordonné la remise en liberté des trois chefs du mouvement des « cafards », arrêtés la veille. Annoncée par leur avocate Ratna Singh, cette décision judiciaire touche directement les citoyens qui contestent une mesure aux conséquences considérables pour la démocratie indienne : la suppression de 130 millions d’électeurs sur les listes.

« Le tribunal a libéré Abhijeet, Saurav (Das) et Ashutosh (Ranka) », a déclaré l’avocate sur les réseaux sociaux, selon l’AFP. Les trois hommes, dont le fondateur du mouvement Abhijeet Dipke, avaient été interpellés à l’aéroport de New Delhi avant une manifestation organisée avec l’opposition. Celle-ci exigeait la démission du président de la commission électorale, Gyanesh Kumar, accusé de favoriser le BJP de Narendra Modi au pouvoir.

Au cœur du bras de fer entre la société civile et les autorités se trouve une question qui engage les droits fondamentaux des citoyens : la crédibilité de l’instance qui organise les scrutins dans ce que l’AFP décrit comme « la plus grande démocratie du monde ». Les critiques contre cette institution ont redoublé depuis septembre et l’enquête du quotidien Indian Express, qui a affirmé que le président de la commission était passé outre les objections des deux autres membres pour adopter certaines mesures controversées. L’institution a rejeté toute irrégularité, répétant que toutes ses décisions avaient été prises à l’unanimité et qu’elles étaient juridiquement valides.

Sur le terrain, la tension reste vive. Samedi 10 octobre, la police indienne a procédé à des milliers d’arrestations dans les rues de la capitale, selon la presse locale, pour empêcher la tenue d’un rassemblement non autorisé. Malgré ce verrouillage draconien, le Cockroach Janta Party (CJP, « parti du peuple des cafards ») et le chef de l’opposition Rahul Gandhi ont promis de poursuivre la mobilisation. « Les cafards ne meurent jamais ! », s’est réjoui le CJP sur son compte X dès l’annonce de la libération.

Tout juste remis en liberté, Abhijeet Dipke a attaqué frontalement le chef du gouvernement. Le Premier ministre Narendra Modi « fait honte » à l’Inde, a estimé le leader du mouvement, ajoutant sur les réseaux sociaux : « Le pays n’a jamais connu pire couard et pire brute. »

Dans les rues de New Delhi, la détermination des manifestants ne faiblit pas, rapporte notre correspondant Abdoolah Earally. « Regardez ! C’est ça notre pays ! », clame un sympathisant, fier de voir cette jeunesse braver le dispositif policier. La relève maintient l’appel à la résistance. « Peu importent vos pressions ou le nombre d’arrestations. Tant que Gyanesh Kumar ne démissionnera pas, nous ne rentrerons pas chez nous », affirme Ajinkya Shinde, 35 ans, l’un des leaders du CJP.

Même constat du côté des organisations étudiantes. Neha Bora, figure du mouvement étudiant AISA, arrêtée une nouvelle fois, revient aussitôt à la charge : « Nous arrivons pour exiger le rétablissement du système. Et nous continuerons à demander des comptes au gouvernement. »

D’autres militants, emmenés vers la détention, lancent leurs derniers défis depuis les véhicules de police. « Ils ne peuvent pas nous arrêter. Qu’ils nous enferment ! Des millions d’autres descendront dans la rue », a lancé Aishe Ghosh depuis la fenêtre du véhicule qui l’emmène en détention.

La capitale entame une nouvelle journée sous haute tension. L’opposition politique se prépare en effet à défier massivement l’interdiction de manifester, ce lundi 12 octobre. Pour les organisateurs comme pour les autorités, l’enjeu dépasse désormais la seule question du rassemblement : c’est le droit des citoyens à exprimer leur désaccord, et la confiance placée dans les institutions électorales, qui se trouvent au centre d’une confrontation qui ne semble pas près de s’apaiser.

Questions-réponses

Pourquoi les trois chefs du mouvement des « cafards » ont-ils été arrêtés ?

Ils ont été interpellés à l'aéroport de New Delhi avant une manifestation organisée avec l'opposition, qui exigeait la démission du président de la commission électorale Gyanesh Kumar, accusé de favoriser le BJP au pouvoir.

Quelle mesure électorale est au cœur de la contestation ?

La suppression de 130 millions d'électeurs sur les listes électorales, que les contestataires jugent contraire aux droits fondamentaux des citoyens.

Quelles accusations pèsent sur la commission électorale ?

Selon une enquête du quotidien Indian Express publiée en septembre, son président Gyanesh Kumar serait passé outre les objections des deux autres membres pour adopter des mesures controversées. L'institution rejette toute irrégularité et affirme que ses décisions ont été prises à l'unanimité.

Que se prépare-t-il à New Delhi après les libérations ?

L'opposition politique se prépare à défier massivement l'interdiction de manifester ce lundi 12 octobre, tandis que le CJP et les organisations étudiantes promettent de poursuivre la mobilisation.

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