Un investissement pédagogique conséquent précède l’ouverture annoncée d’une formation de pilote de ligne à La Réunion. Le centre Aéro Run Training, qui propose déjà la formation de Personnel Navigant Commercial sur l’île, s’apprête à franchir une étape décisive : le lancement d’une formation théorique de pilote de ligne, sous réserve d’un audit mené par son partenaire métropolitain, l’école de pilotage Aéropyrénées.
Le centre vient de se doter d’une salle de formation entièrement nouvelle, dont les conditions d’enseignement seront examinées lors de cette inspection. Alexandre Clain, qui porte le projet, en détaille le périmètre : les auditeurs passeront en revue le matériel pédagogique, le mobilier et les équipements, mais surtout les dossiers des instructeurs recrutés pour la première promotion. « C’est le principal », résume-t-il.
Ce volet ressources humaines représente un enjeu de taille pour la viabilité du centre. Une campagne de recrutement a été menée à La Réunion, ciblant plusieurs profils issus du monde de l’aéronautique, mais aussi de l’Éducation nationale pour des matières comme les mathématiques. La priorité est de constituer une équipe locale. « Nous cherchons d’abord à recruter à La Réunion », précise Alexandre Clain, avant d’ajouter que des candidats prêts à s’installer sur l’île sont également envisagés, même si cette option suppose une logistique plus complexe à organiser de leur côté.
Sur le plan économique, l’enjeu dépasse la simple offre de formation. Lucie Virapin explique la genèse du projet : le centre souhaitait permettre aux jeunes de la région de commencer une formation de pilote de ligne sans s’expatrier. La formation de neuf mois pourra ainsi se dérouler « chez soi », sans le stress de l’éloignement, un argument susceptible de peser sur le choix des candidats et de capter une demande locale jusqu’ici orientée vers la métropole.
Le calendrier, lui, est serré. Sous réserve d’un audit favorable, la formation théorique débutera dès le mois de janvier prochain. Il s’agit de la partie théorique de l’ATPL, l’Airline Transport Pilot Licence, en français la Licence de Pilote de Ligne. Neuf mois durant lesquels le stagiaire devra valider 13 modules auprès de la DGAC, la Direction générale de l’aviation civile. Sans cette validation, impossible de passer à la suite, à savoir la formation pratique, qui se déroulera quant à elle en métropole.
Le contenu pédagogique couvre un large spectre technique. Au programme figurent des modules sur la météorologie, la mécanique de vol, le fonctionnement d’un avion à turbine ou à hélice, ainsi que les spécificités de chaque type d’appareil. La formation aborde également la performance humaine, c’est-à-dire la manière de réagir face à certaines situations. L’obtention des modules passe par des examens organisés par la DGAC, qui a précisé qu’ils pourront se dérouler sous sa supervision, directement à La Réunion. Pour Alexandre Clain, c’est un avantage considérable : les candidats n’auront pas à se déplacer en métropole pour les passer.
Le positionnement du centre s’appuie par ailleurs sur des partenariats opérationnels avec le secteur aérien local. Dans le cadre des réunions d’informations actuellement organisées, accompagnées de cours témoins dispensés par un instructeur, le centre fait venir des pilotes de la compagnie Air Austral. Ces professionnels viennent expliquer leur métier et leur parcours, une manière de crédibiliser l’offre auprès des candidats potentiels et de montrer qu’un débouché concret existe au terme du parcours.
Pour les acteurs économiques de l’île, l’arrivée de cette formation constitue, selon Lucie Virapin, un véritable événement pour les Réunionnais. Elle ouvre une nouvelle filière de formation qualifiante sur un territoire où l’accès aux métiers de l’aviation passait jusqu’ici presque exclusivement par l’expatriation. Reste à franchir la dernière étape réglementaire : l’audit d’Aéropyrénées, qui conditionne le lancement de la première promotion en janvier. Si le dossier est validé, La Réunion disposera d’un centre capable de former la partie théorique des futurs pilotes de ligne, avant leur départ pour la phase pratique en métropole, un modèle en deux temps qui pourrait redessiner le parcours des candidats de la région et capter une demande aujourd’hui perdue pour les écoles métropolitaines.