L’économie française tourne au ralenti, et ce sont d’abord les ménages qui en subissent les conséquences. Invité vendredi matin sur France Info, le ministre de l’Économie Roland Lescure a dressé un constat préoccupant pour le pouvoir d’achat et la vie quotidienne des Français : après un premier trimestre en recul et un second en stagnation, le produit intérieur brut a encore reculé de 0,1 % entre juillet et septembre.
« Cela fait trois trimestres que la croissance n’est pas au rendez-vous », a regretté le ministre. Selon lui, « en 2026, l’économie française est à l’arrêt sous la conjonction inédite de chocs externes et internes : la canicule et le détroit d’Ormuz ». Il faut désormais, insiste-t-il, « la redémarrer ».
Pour ce faire, Roland Lescure estime nécessaire de « redonner confiance » aux acteurs du marché. Il a identifié plusieurs priorités qui touchent directement le quotidien des citoyens : le vote d’un budget, sans lequel la France « ira dans le mur », la baisse des prix à la pompe et un pacte de stabilité auprès des entreprises. « Ce qui a manqué, c’est la production agricole, avec la canicule, mais aussi l’investissement », a-t-il constaté.
La question des carburants occupe une place centrale dans ses préoccupations, tant son impact pèse sur les budgets des foyers. Le ministre se réjouit de l’arrivée des stocks stratégiques de carburants, qui devraient faire baisser les prix « de 12 à 18 centimes ». Il promet une vigilance particulière sur la répercussion de cette mesure auprès des consommateurs : « Je serai extrêmement exigeant. Si un distributeur bénéficie d’un litre de diesel libéré par le gouvernement, il devra le vendre à prix coûtant. » Les distributeurs seront réunis à Bercy dès mardi, précise-t-il, « parce qu’on souhaite suivre de manière très précise le fait que quand on libère un actif, qui appartient aux Français et aux Françaises, qui a été acheté moins cher, il leur bénéficie ».
Sur la trajectoire du pays, le ministre affiche une position mesurée. Se disant « ni optimiste, ni pessimiste » quant à l’évolution des prochains mois, il maintient que la France « ne va pas à la crise », tout en insistant sur la nécessité d’adopter un budget pour éviter une situation de blocage.
L’occasion était aussi pour lui de revenir sur une déclaration qui avait suscité une vive émotion dans l’opinion. Interrogé à l’Assemblée sur le niveau des prix des carburants, il avait affirmé qu’ils ne « l’empêchent pas de dormir ». Vendredi, il a présenté ses excuses : « C’était une expression malheureuse et je regrette de l’avoir prononcée. Si certains ont été choqués, je leur présente mes excuses. »
Le ministre a par ailleurs convenu que des débats étaient en cours au gouvernement sur deux mesures aux conséquences directes pour les ménages. La première concerne une revalorisation du SMIC à 1,5 % dès décembre, même si elle se heurte à « la contrainte globale » budgétaire. La seconde porterait sur une hausse du plafond du Livret A à 30 000 euros, une mesure sur laquelle il se dit « réservé », car « elle coûterait en impôts puisqu’il est défiscalisé ». Il rappelle à cet égard que l’épargne moyenne des Français sur ce livret ne dépasse pas 7 750 euros, ce qui limiterait selon lui l’intérêt d’un tel relèvement pour la majorité des épargnants.
Au terme de cet entretien, le tableau dressé par le ministre est celui d’une économie à l’arrêt, mais pas d’un pays en crise. Les priorités qu’il a fixées, du vote du budget à la baisse des prix à la pompe, se traduiront-elles par des effets concrets et rapides pour les citoyens, dont le quotidien dépend largement de ces arbitrages ?