Deux nuits de plus sous couvre-feu. Les habitants de Maurice devront rester chez eux de 20 h 30 à 5 h, mercredi 14 octobre puis jeudi 15 octobre, après la reconduction annoncée d’une mesure décrétée à la suite d’incidents survenus dans plusieurs régions du pays. Pour la population, dont les déplacements et la vie quotidienne se trouvent directement restreints, ce durcissement marque un tournant dans la réponse gouvernementale aux troubles qui secouent l’île.
Le dispositif a été arrêté lors d’une réunion spéciale du Conseil des ministres tenue ce mercredi. Il vise d’abord à protéger les citoyens et à rétablir la sécurité dans les quartiers touchés. Le Cabinet y a examiné le rapport du Commissaire de police sur la situation dans le pays après le couvre-feu décrété mardi soir.
Le premier couvre-feu prendra effet à 20 h 30 ce mercredi et sera levé à 5 h jeudi 15 octobre. La mesure sera reconduite jeudi soir, de 20 h 30 à 5 h vendredi 16 octobre. Toutes les composantes de la force policière seront davantage déployées aux points stratégiques, avec une attention particulière portée aux régions où des actes de violence ont été signalés. Les barrages routiers seront renforcés et les contrôles de véhicules intensifiés, la police comptant multiplier ses interventions afin d’empêcher une nouvelle escalade.
Le bilan communiqué par les autorités donne la mesure des dégâts subis par les services dont dépendent les habitants. Selon la police, 84 personnes ont été arrêtées durant la journée du mardi 13 octobre, portant à 94 le nombre total d’interpellations depuis le début des incidents. Parmi les personnes impliquées figurent 16 mineurs ainsi qu’un policier, et sept policiers ont été blessés. Les faits recensés concernent notamment des pillages, la possession de substances explosives, des violations du couvre-feu, des actes de violence et des incendies volontaires. Des postes de police, des feux de signalisation et des caméras CCTV ont également été endommagés, des atteintes qui privent directement les citoyens d’équipements à leur service.
Sur le volet judiciaire, le gouvernement annonce un durcissement des poursuites. Les personnes arrêtées pourront être poursuivies sous le Prevention of Terrorism Act lorsque cette loi est applicable. Après des consultations avec le Chief Justice, le Directeur des poursuites publiques et le Commissaire de police, un mécanisme a été mis en place pour accélérer le dépôt et l’examen des affaires contre les auteurs présumés, une procédure accélérée dont les garanties pour les personnes interpellées restent un enjeu pour les droits de chacun.
La surveillance s’étend aussi à l’espace numérique. La Cybercrime Unit de la police assurera un suivi constant des réseaux sociaux et ouvrira rapidement des enquêtes sur les publications liées notamment aux discours de haine et à l’incitation à la violence, un suivi qui touche directement les usages quotidiens des citoyens sur les plateformes.
Le Cabinet a par ailleurs décidé de préparer des règlements sous le Consumer Protection (Price and Supplies Control) Act afin d’interdire la vente de carburant au détail, une mesure aux conséquences immédiates pour les usagers et les consommateurs.
La présence de mineurs parmi les personnes impliquées pousse en outre le gouvernement à envisager une modification du Children’s Act. Le Cabinet compte examiner la possibilité d’abaisser de 14 à 12 ans l’âge prévu pour la détention et les poursuites de mineurs, une perspective qui soulève des questions pour la protection des plus jeunes.
Pour les habitants de l’île, l’essentiel des prochaines heures se jouera sur le terrain : la capacité des forces de l’ordre à prévenir une nouvelle escalade, la sécurité des quartiers touchés et le retour à une vie normale après la levée du couvre-feu vendredi 16 octobre à 5 h. Les autorités, de leur côté, devront concilier le rétablissement de l’ordre public avec les droits et les besoins quotidiens de la population.