La Ligue des droits de l’homme (LDH) a lancé il y a une semaine une plateforme destinée à recenser les violences policières subies ou observées dans le cadre du mouvement des lycéens. Bilan provisoire: une centaine de signalements en sept jours, transmis sous forme de vidéos et de témoignages, a appris ce mardi France Inter auprès de l’organisation.
Le dispositif a été mis en place en urgence. La LDH entend se constituer un fonds de preuves afin de saisir la justice si besoin. Cette initiative intervient alors que la Ligue avait dénoncé, la semaine dernière, “une dérive globale par rapport à l’Etat de droit” dans les interventions des forces de l’ordre face aux adolescents.
Interrogée, Nathalie Tehio, présidente de la LDH, a décrit une génération de manifestants pris au dépourvu. “Ces jeunes, pour la plupart, manifestaient pour la première fois”, a-t-elle souligné. “Ils ne sont pas habitués à faire des rassemblements et tout d’un coup, on leur envoie la police, non pas pour les protéger, alors que ça aurait dû être cela, [mais parce qu’on les considère] tout de suite comme des délinquants, que l’on va réprimer et que l’on va interpeller, c’est totalement contraire à ce qui se pratique dans une démocratie”, a-t-elle alerté.
Le volume recueilli en si peu de temps donne la mesure de l’ampleur du phénomène telle que le perçoit l’association. Pour la LDH, cette centaine de contributions constitue une base documentaire susceptible d’appuyer d’éventuelles actions en justice, ce qui explique le caractère urgentiste du lancement.
La Ligue ne compte pas s’arrêter là. Elle participera ce mardi à la nouvelle journée de mobilisation lycéenne, avec ses observateurs déployés sur le terrain, afin de poursuivre la collecte d’informations sur le déroulement des interventions policières.
Le contraste souligné par sa présidente entre la protection que devraient, selon elle, recevoir des manifestants débutants et le traitement qu’ils déclarent subir constitue le coeur de son propos. Pour la LDH, qualifier ces adolescents de délinquants à traiter par la répression et l’interpellation s’écarte des pratiques attendues dans une démocratie, une appréciation qui fonde sa critique d’une dérive de l’Etat de droit formulée dès la semaine dernière.
La plateforme de recueil de témoignages et de vidéos demeure donc le principal outil de la Ligue pour documenter les faits signalés. La centaine de signalements déjà enregistrés témoigne d’un recours massif au dispositif par les personnes concernées ou témoins des événements liés au mouvement des lycéens, et la mobilisation de ce mardi devrait permettre d’enrichir encore ce fonds.