Le directeur général de la Police nationale a ordonné, mercredi 7 octobre, la suspension de l’utilisation des grenades assourdissantes dans les mobilisations lycéennes. La décision, révélée par franceinfo à partir d’une note consultée, s’applique “le temps que les circonstances de la blessure du jeune homme à Lens soit établies”, précise le directeur général de la Police nationale. Le coût institutionnel du maintien de l’ordre vient de franchir un seuil notable.
Au cœur de cette suspension, un accident aux conséquences lourdes. Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade policière lundi devant le lycée Béhal à Lens, dans le Pas-de-Calais. Selon Sébastien Messent, le maire de sa commune, Wingles, “il a été amputé de la main gauche, il a aussi reçu une greffe à la main droite et a des plaies au visage et sur le thorax”. Les circonstances des faits demeurent floues. Une enquête de l’IGPN devra notamment déterminer si le lycéen a ramassé la grenade ou si elle a atterri sur lui, et si le tir était réglementaire.
Cette enquête intervient dans un contexte où la gestion des mobilisations pèse directement sur la crédibilité des institutions. Depuis le début du mouvement, 215 élèves ont été blessés, un chiffre qui alimente la contestation de la doctrine d’intervention. Le ministre de l’Intérieur a appelé les forces de l’ordre “au discernement”, avec “un usage de la force strictement proportionnée”. Pourtant, la réponse des forces de l’ordre est vivement critiquée par des organisations lycéennes et une partie de l’opposition, une pression qui se traduit concrètement au Parlement.
Les ministres de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, seront ainsi auditionnés mercredi par les députés membres de la Commission des lois “sur la gestion de l’ordre public suite aux mobilisations lycéennes et la protection des personnes face aux violences”. Cette audition constitue un moment de reddition de comptes sur les moyens engagés et les méthodes déployées, deux variables qui conditionnent l’acceptabilité sociale et politique du dispositif de maintien de l’ordre.
La mobilisation s’est aussi traduite sur le terrain institutionnel par une initiative citoyenne formalisée : une pétition a été lancée le 5 octobre sur le site de l’Assemblée nationale pour demander “l’interdiction des armes mutilantes et des techniques d’immobilisation létales dans les manifestations lycéennes”. Cette démarche vise directement les équipements et les pratiques opérationnelles, c’est-à-dire l’arsenal matériel sur lequel repose la stratégie d’intervention.
Pour l’exécutif, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de préserver la viabilité d’un dispositif de maintien de l’ordre dont l’efficacité dépend de sa légitimité, mise à mal par le bilan de blessés et par le drame de Lens. Il s’agit ensuite de contenir le coût politique d’une crise qui mobilise désormais deux ministères, la Commission des lois de l’Assemblée nationale et l’inspection interne de la police. La suspension des grenades assourdissantes, présentée comme une mesure temporaire liée à l’enquête, illustre cette arbitration entre continuité opérationnelle et nécessité de rassurer.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a pour sa part dénoncé une “ultraviolence” qui, selon lui, “a frappé à la porte des lycées”, un cadrage qui situe la responsabilité du côté des violences constatées. La suite du dossier dépendra des conclusions de l’IGPN sur les circonstances exactes de la blessure de Lens, et de l’audition parlementaire de mercredi, deux échéances qui détermineront si la suspension reste une pause technique ou le prélude à une révision plus large des moyens autorisés. Pour plus de détails sur la révélation initiale, voir https://www.franceinfo.fr/societe/education/blocage-des-lycees/l-utilisation-des-grenades-assourdissantes-suspendues-dans-les-mobilisations-lyceennes_8226376.html.