La facture des violences urbaines à La Réunion commence à se chiffrer pour le tissu économique local. Une dizaine de commerces ont été détruits, pillés ou dégradés, et cette dépréciation directe du capital commercial pèsera sur l’économie de l’île, alerte la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion. Parmi les établissements touchés figurent un institut de beauté, un centre de jeux et deux enseignes de la grande distribution, trois segments qui représentent à la fois des actifs matériels et des emplois désormais fragilisés.
Face à ce choc, la CCIR a activé ses dispositifs d’accompagnement. Un numéro spécial, le 02 62 94 21 21, a été mis en place pour venir en aide aux entrepreneurs victimes des violences. La chambre réunionnaise agit dans la continuité de ses homologues de l’Hexagone, toutes mobilisées sur le même sujet. Le détail du dispositif est accessible notamment via la publication de Réunion la 1ère à cette adresse : https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/la-cci-de-la-reunion-met-en-place-une-cellule-d-ecoute-et-d-accompagnement-pour-les-commerces-degrades-par-les-violences-urbaines-1749606.html
Pierrick Robert, président de la CCIR, ne cache pas sa colère. Il dit ne pas comprendre comment une manifestation issue d’une mobilisation citoyenne et lycéenne a pu dégénérer en violences urbaines. Pour le dirigeant de la chambre consulaire, la question dépasse l’émotion : il s’agit de la capacité des opérateurs économiques locaux à poursuivre leur activité dans un environnement sain.
Le message adressé la veille par le Chef de l’Etat a rassuré le président de la CCIR. La Réunion, indique-t-il, compte bien se positionner comme une force de propositions dans les discussions à venir, une posture qui vise à peser sur les décisions économiques plutôt que de les subir.
Sur le front patronal, une autre initiative prend forme. Katy Hoarau, présidente du MEDEF Réunion, propose l’organisation d’une table ronde destinée à obtenir des réponses concrètes contre la vie chère, tout en évitant la destruction des emplois réunionnais consécutive aux exactions de ces derniers jours. L’enjeu est double : traiter le pouvoir d’achat sans sacrifier l’appareil productif local.
Pierrick Robert se déclare favorable à cette table ronde, à deux conditions. La première : que la simplification des démarches administratives figure à l’ordre du jour. La seconde : que soient abordés l’accompagnement des entreprises et la mise en place de moratoires pour les charges sociales et fiscales. Ces demandes traduisent une lecture précise de la situation. Les exploitants touchés ne cherchent pas une assistance ponctuelle mais un cadre qui sécurise leur trésorerie et leur permet de continuer à produire dans l’économie réunionnaise. Comme le résume le président de la CCIR, il ne s’agit pas de quémander la charité, mais d’être protégé et accompagné.
Le dossier illustre la vulnérabilité du commerce de proximité face aux crises d’ordre public. Les commerces détruits ou pillés représentent des capitaux immobilisés dans des murs, des stocks et des équipements, dont la perte se répercute immédiatement sur l’activité et l’emploi. La mobilisation conjointe de la CCIR et du MEDEF Réunion montre que les organisations consulaires et patronales de l’île entendent faire de la reconstruction de ce capital commercial un sujet de négociation avec les pouvoirs publics, en liant la réponse à la vie chère, moteur supposé de la contestation, à la protection de l’outil économique local. Reste à savoir si les moratoires de charges et la simplification administrative réclamés par les chefs d’entreprise trouveront un écho dans les arbitrages à venir.