Capitaine du "DF Peak" libéré : 21 marins reprennent le bord

Capitaine libéré et équipage rassemblé, mais le "DF Peak" reste immobilisé.

Capitaine du "DF Peak" libéré : 21 marins reprennent le bord

Vingt et un marins retrouvent leur place ce vendredi à bord du pétrolier “DF Peak”, immobilisé en baie de La Possession, au nord-ouest de La Réunion. Le capitaine, ressortissant chinois placé en garde à vue jeudi à l’arrivée du navire, a vu la mesure levée en fin de matinée. Il a regagné son bord, où l’attendent les vingt autres marins, de nationalités indonésienne, birmane et chinoise, restés sur le bâtiment.

“L’unité a été levée ce matin (avec) un retour à bord du navire. Les investigations se poursuivent”, a indiqué Véronique Denizot, procureure de Saint-Denis, dont le parquet a annoncé la décision en début de journée. Le capitaine reprend donc sa place aux côtés de son équipage. Le navire, lui, n’est pas libre de repartir : il “continue de faire l’objet d’une mesure d’immobilisation administrative”, a précisé le parquet.

Libéré de sa garde à vue, le capitaine n’échappe pas pour autant aux poursuites possibles. Il encourt jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, sans compter la confiscation éventuelle du navire qu’il commande. La garde à vue avait été décidée jeudi, à l’arrivée du pétrolier en baie de La Possession, pour “non-justification” de la nationalité du bâtiment lors d’un contrôle en mer.

L’affaire a commencé quatre jours plus tôt, au large de l’île. Lundi, la Marine nationale avait arraisonné le pétrolier à près de 500 milles nautiques au sud de La Réunion, en raison d’un pavillon irrégulier. Sous le nom de “DF Peak” se cache un bâtiment plus connu des services douaniers européens sous une autre identité : il s’appelait “Kaliningrad” jusqu’en juin 2024, et figure parmi plus de 700 navires sanctionnés par l’Union européenne, soupçonné d’appartenir à la “flotte fantôme” russe.

Mardi, l’ambassade de Russie en France avait vivement réagi. Sur son canal Telegram officiel, elle avait dénoncé une “violation flagrante des normes du droit international” et un “acte manifeste de piraterie”, ajoutant ne pas avoir été informée de l’opération par Paris.

Derrière ces tractations diplomatiques, ce sont des vies de marins qui se trouvent suspendues à une procédure judiciaire, à des milliers de kilomètres de leurs foyers. Vingt et un hommes, Indonésiens, Birmans et Chinois, restent à bord d’un navire immobile dans une baie réunionnaise, dans l’attente de la suite des investigations. Le commandant du bord, après une nuit de garde à vue, a retrouvé vendredi le pont du “DF Peak”.

Le contexte international ajoute une couche de tension. Cette prise intervient dans un climat d’inquiétude en Europe sur l’avenir de la guerre en Ukraine, et au lendemain d’une annonce de poids sur ce dossier : vendredi, Donald Trump avait annoncé la levée de certaines sanctions contre la Russie pour livrer massivement du gazole russe sur les marchés, une décision aussitôt fustigée par Volodymyr Zelensky.

La “flotte fantôme”, dont le “DF Peak” est accusé de faire partie, est composée de navires souvent vieillissants, exploités sous pavillon étranger, que Moscou est accusé d’utiliser pour transporter son pétrole et d’autres marchandises en contournant les sanctions occidentales. Pour l’équipage du pétrolier, arrêté au large de La Réunion et maintenu sous immobilisation dans la baie de La Possession, ces grands enjeux géopolitiques se traduisent pour l’heure en une seule réalité : un navire qui n’avance plus, et une enquête dont personne ne sait encore quand elle s’achèvera.

Questions-réponses

Pourquoi le capitaine du DF Peak a-t-il été placé en garde à vue ?

À l'arrivée du pétrolier en baie de La Possession, jeudi, pour non-justification de la nationalité du bâtiment lors d'un contrôle en mer.

Où se trouvaient les autres membres de l'équipage pendant la garde à vue ?

Vingt marins de nationalités indonésienne, birmane et chinoise sont restés à bord pendant la garde à vue du capitaine.

Que sait-on de l'identité antérieure du navire ?

Le pétrolier s'appelait Kaliningrad jusqu'en juin 2024 et figure parmi plus de 700 navires sanctionnés par l'Union européenne, soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme russe.

Que reprochait-on au navire lors de son arraisonnement ?

Le Marine nationale l'avait arraisonné lundi à près de 500 milles nautiques au sud de La Réunion en raison d'un pavillon irrégulier.