Trafic de drogue entre La Réunion et Maurice : Bertrand de Boivilliers condamné en appel à 7 ans de prison
Sept ans de prison. C’est la peine prononcée ce mercredi 14 octobre 2026 par la Cour d’appel de Saint-Denis contre Bertrand de Boivilliers, ancien directeur de cabinet du maire de Sainte-Suzanne, pour son rôle dans un trafic de drogue entre La Réunion et Maurice. La sanction est nettement plus lourde que celle du tribunal correctionnel de Saint-Denis, qui avait retenu le 12 juin dernier 4 ans d’emprisonnement et 10.000 euros d’amende. Le parquet avait fait appel de cette décision.
Le jugement rendu en appel ne se limite pas à la privation de liberté. Le bateau, la voiture et le plan d’épargne du condamné ont été confisqués, des biens directement liés à l’organisation matérielle du trafic. Laurent Mariaye a écopé de 5 ans de prison, tandis que Gaëtan Petitdemange et Guito Louise ont été condamnés à 4 ans et à 10.000 euros d’amende. La juridiction a considéré ces quatre hommes comme les principaux acteurs du réseau. Les autres prévenus se sont vu signifier des peines allant de 3 ans de prison ferme à 2 ans avec sursis.
C’est précisément la mécanique opérationnelle du réseau qui a occupé le cœur des débats. Gaëtan Petitdemange avait décrit devant la cour la structure de l’organisation : “Maraz est le commanditaire. Gros Madras est le chef pour l’Est de l’île. Moi, je suis juste derrière au même niveau que le capitaine”, expliquait-il. Bertrand de Boivilliers a été désigné comme le “capitaine” du dispositif, avant qu’il ne tente de créer son propre réseau.
Cadre de catégorie A, il avait été directeur général des services de la mairie de Sainte-Suzanne avant de devenir directeur de cabinet du maire de l’époque, Maurice Gironcel. S’il reconnaît les faits, il a tenté de minimiser son implication : “Je n’ai fait que 5 exports et 2 qui n’ont pas réussi. Il y avait entre 8 et 10 sacs en moyenne par voyage”, a-t-il déclaré. Mis en cause par deux de ses co-prévenus, il nie formellement être l’un des organisateurs du trafic : “Je ne faisais que le transport. C’est tout. J’avais des difficultés financières depuis 2022/2023”.
Son complice Laurent Mariaye a confirmé cette lecture logistique des faits : “il ne faisait que transporter les stupéfiants avec son bateau. Il donnait les points GPS pour les transferts en mer avec les bateaux mauriciens. Il m’a dit qu’il avait des problèmes d’argent, alors je lui ai proposé les transports”. Guito Louise, lui, a été pointé du doigt comme un intermédiaire entre la tête de réseau mauricienne et les “responsables” à La Réunion.
Le parquet avait requis 7 années d’emprisonnement, avec des amendes de 20.000 à 30.000 euros pour les quatre plus impliqués. À l’encontre d’Antoine Tur, en récidive légale pour une affaire similaire, il avait requis jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 50.000 euros d’amende.
L’enquête avait débuté le 12 juillet 2023, en tout début de matinée, lorsque les gendarmes ont reçu un appel signalant, sur le secteur de Beaufond à Sainte-Suzanne, la présence d’un speed boat d’origine mauricienne abandonné sur une plage. Une patrouille s’est rendue sur place et y a découvert plusieurs dizaines de bidons d’essence et d’huile, ainsi qu’un sac de sport contenant, soigneusement emballés, 1,4 kg de zamal et de nombreux médicaments comme du Tramadol ou de la Méthadone.
Convaincus d’être en présence d’un navire faisant la navette entre l’île sœur et La Réunion pour transporter de la drogue, les militaires ont pris contact avec leurs collègues de Port Louis. Ceux-ci ont établi que le bateau appartenait à un vaste réseau de trafiquants dirigé par un certain “Maraz”, qui se revendique comme le successeur de Franklin. Grâce au matériel retrouvé sur place, les techniciens en identification criminelle ont relevé plusieurs traces papillaires et ADN, permettant d’identifier Gaëtan Petitdemange. En garde-à-vue, il a livré des explications ainsi que l’organigramme du réseau, tout en minimisant fortement sa participation. L’exploitation des GSM a mis en évidence de nombreux contacts avec Bertrand de Boivilliers, et une information judiciaire a été ouverte.
En novembre 2024, les policiers mauriciens ont prévenu leurs collègues réunionnais de l’interpellation au large de Maurice d’un bateau transportant 96 kilos de zamal en provenance de La Réunion. Les militaires français étaient persuadés que ce bateau appartenait à Bertrand de Boivilliers. Le 2 mai 2025, après avoir remarqué de nombreux allers-retours et le chargement du bateau, les militaires ont investi le port de Sainte-Marie le lendemain. Bertrand de Boivilliers et Yann Hoarau ont été interpellés à bord, et les forces de l’ordre ont saisi 147 kilos de zamal et 300 grammes de résine de cannabis. Dix jours plus tard, Guito Louise et Laurent Mariaye ont été arrêtés à leur tour et placés en garde-à-vue. Plusieurs autres personnes, principalement des petites mains, ont été interpellées au cours de l’enquête.
Pour le magistrat instructeur, il s’agissait d’un vaste programme d’export de stupéfiants, principalement du zamal produit à La Réunion, en direction de Maurice. À raison de plus de 100 kilos de produits par voyage, le trafic a pu générer plusieurs millions d’euros. Reste à savoir si les réseaux qui ont survécu à ce démantèlement tenteront de reconstituer cette route maritime entre les deux îles.
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