À Camp-Levieux, une mère de famille de 27 ans se remet d’une opération réussie, mais son calvaire a plongé toute une île dans la tension. Vendredi 9 octobre 2026, cette femme a été grièvement blessée à la mâchoire par un tir de policier, pour une raison qui demeure incompréhensible. Opérée avec succès dans la soirée de lundi par une équipe médicale venue d’Inde, dont le chirurgien et ses assistants étaient arrivés dans l’après-midi, elle a pourtant vu son drame embraser les rues de l’île Maurice.
Malgré les appels au calme lancés par son mari, des incidents ont éclaté dans plusieurs secteurs de l’île et se sont poursuivis quasiment toute la nuit de lundi à mardi. Des habitants excédés ont barré les routes. Des délinquants, eux, ont cherché à profiter du chaos ambiant pour commettre des exactions. C’est pour éviter que ces scènes ne se reproduisent que le gouvernement mauricien a imposé un couvre-feu de mardi 20 h 30 à mercredi 6 h, assorti d’une amende de 50 000 roupies mauriciennes, soit 935 euros, et de 5 ans de prison pour les contrevenants, une peine et une amende pouvant être doublées si les prévenus sont poursuivis pour émeute, selon Radio1.mu.
Cette mesure d’exception a bouleversé le quotidien de tous les habitants, mais des exceptions étaient prévues pour ceux dont la vie ne s’arrête jamais : les employés des services essentiels, les personnes sortant pour recevoir des soins médicaux, les avocats accompagnant leur client au poste de police, ainsi que les employés des stations-service, de l’aéroport et des entreprises connexes.
Malgré l’obligation de rester confiné chez soi, plusieurs incidents ont été recensés pendant la nuit. Les forces de l’ordre sont intervenues et ont procédé à des arrestations. Le bilan global de cette nuit n’est pas encore connu. À 6 heures ce mercredi, la police précisait qu’aucune route n’était obstruée et que la circulation était praticable sur l’ensemble de l’île, note Défimédia. Les transports en commun ont repris du service dès 6 heures.
Au cœur de cette tempête, un homme doit répondre de ses actes devant la justice. Le sergent de la police mauricienne, auteur présumé du tir, a été inculpé ce lundi 12 octobre 2026 pour possession d’une arme à feu dans l’intention de mettre une vie en danger, utilisation d’une arme à feu pour intimider, ainsi que blessures et coups involontaires par imprudence. À l’issue de sa comparution, le magistrat a ordonné son placement en détention provisoire. Les services d’enquête se sont opposés à la demande de remise en liberté sous caution déposée par ses avocats. Il comparaîtra de nouveau devant la cour de Rose-Hill le 19 octobre 2026, écrit L’Express de Maurice.
Ce mercredi matin, les routes étaient donc dégagées, selon les services de police, mais les autorités invitaient les citoyens à faire preuve de prudence. Le retour à la normale n’est toutefois pas total. Pour de nombreuses familles de l’île, la journée reste compliquée : les crèches et les écoles sont fermées pour la journée, et l’ouverture de ces lieux de vie des générations futures sera précisée rapidement. En attendant, les employés qui le peuvent sont invités à reprendre leur poste.
Le monde du travail, lui, cherche son rythme. Dans un communiqué relayé par L’Express de Maurice, Business Mauritius invite ses adhérents à reprendre leurs activités dans le respect des consignes des autorités et en tenant compte des conditions de sécurité propres à chaque région et lieu de travail, tout en prenant en compte les difficultés de leurs employés confrontés à la fermeture des écoles et des crèches.
Le détail de la nuit et du déconfinement progressif est à retrouver dans le compte rendu d’Outre-mer La 1ère : https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/l-ile-maurice-se-releve-doucement-des-affrontements-et-du-couvre-feu-impose-dans-la-nuit-de-mardi-a-mercredi-1747914.html
L’île Maurice se relève doucement, mais pour les habitants, la blessure de Camp-Levieux reste une plaie ouverte. Reste à savoir ce que rendra la justice, à commencer par l’audience du 19 octobre à la cour de Rose-Hill.