Un an après le départ d’Andry Rajoelina, des destins brisés et des fidèles dispersés
Il y a tout juste un an, Andry Rajoelina quittait Madagascar à bord d’un avion militaire français, au terme de dix-huit jours de mobilisation portée par la Génération Z. Depuis, l’ancien président vit la plupart du temps à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Ceux qui l’entouraient paient un prix bien plus lourd. À Antananarivo, il ne reste presque rien de son camp: ses proches se sont ralliés aux militaires, ses fidèles sont en fuite ou derrière les barreaux.
Pour les habitants de la capitale, le paysage politique a changé de visage. Le pouvoir est désormais entre les mains de l’armée et du colonel Michael Randrianirina, qui dirige la transition depuis l’abandon du pouvoir par l’ancien chef de l’État. La plupart des députés de Rajoelina ont, eux aussi, rallié les militaires, laissant l’ancien président sans véritables relais sur la Grande Île.
Ceux qui sont restés loyaux vivent des trajectoires contrastées. Naina Andriantsitohaina, l’ancien maire de la capitale, a pris la fuite comme d’autres fidèles du régime déchu. Rinah Rakotomanga, conseillère de l’ex-président, et Marie-Michelle Sahondrarimalala, son ex-ministre de l’Éducation, sont en prison. Cette dernière a été condamnée fin septembre à cinq ans de prison ferme pour atteinte à la sûreté de l’État. Mamy Ravatomanga, l’homme d’affaires qui fut un pilier financier du régime, est pour sa part détenu à Maurice depuis décembre.
L’ancien président, lui, échappe pour l’instant à la justice. La Cour des comptes a pourtant décrit un accaparement des ressources publiques au profit de ses proches, mais les députés n’ont jamais voté sa mise en accusation, étape indispensable avant tout procès. En revanche, dès le début de la transition, Andry Rajoelina a été déchu de sa nationalité malgache, car il avait obtenu la nationalité française en 2014.
Depuis son exil, l’homme cherche des appuis auprès de ses anciens homologues africains. Au mois de février dernier, il s’est affiché à une cérémonie officielle en Eswatini, dont le roi a qualifié son éviction d’anticonstitutionnelle, une prise de position qui a provoqué la colère de la junte au pouvoir à Antananarivo. Ces soutiens diplomatiques restent toutefois sans effet concret sur le terrain malgache, où ses anciens alliés politiques ont déjà fait leur choix.
Le contraste est frappant. L’ancien chef de l’État est installé dans un exil doré aux Émirats, tandis que ses proches sont emprisonnés, condamnés ou contraints à l’exil à leur tour. Un an après le soulèvement, la question du devenir d’Andry Rajoelina reste ouverte, comme le rappelle le reportage publié sur https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261012-madagascar-un-an-apr%C3%A8s-avoir-fui-le-pays-que-devient-andry-rajoelinaar, alors que la transition militaire s’installe durablement et que la jeunesse malgache continue d’interroger son avenir.
Pour les familles des détenus et les habitants d’Antananarivo, l’après-Rajoelina se traduit au quotidien par une recomposition du pouvoir où les anciens piliers du régime ont disparu de la scène politique, remplacés par les militaires et leurs alliés reconvertis. L’ex-président, lui, veille de loin. Rien n’indique aujourd’hui un retour prochain sur l’échiquier malgache.