Présidentielle 2027 : le Conseil constitutionnel, gardien d’une liste de candidats encore provisoire
À moins de six mois du premier tour de l’élection présidentielle française, prévu les 18 avril et 2 mai 2027, la course à l’Élysée prend forme sous l’œil de l’institution chargée de la réguler. Plusieurs responsables politiques ont annoncé leur candidature ou ont été désignés par leur parti, mais aucun nom ne sera officiellement retenu avant la validation des parrainages par le Conseil constitutionnel. La liste actuelle est donc politique, non juridique : elle permet de suivre les forces en présence, sans préjuger de la liste officielle.
Le cadre légal impose des conditions strictes. Tout candidat doit obtenir au moins 500 présentations d’élus, provenant d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans que plus d’un dixième puisse venir d’un même territoire. Ces parrainages devront être transmis au Conseil constitutionnel au plus tard le sixième vendredi précédant le premier tour, soit le 12 mars 2027 à 18 heures. D’ici là, certaines candidatures peuvent encore être retirées, fusionnées ou empêchées par l’absence de parrainages suffisants. C’est l’institution qui tranchera, pas les partis.
Au centre, une question de cohérence pour le camp présidentiel
Deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron sont déjà engagés. Édouard Philippe, maire du Havre et président d’Horizons, a annoncé dès septembre 2024 sa candidature, cherchant à rassembler une partie du centre et de la droite tout en marquant sa distance avec le second quinquennat d’Emmanuel Macron. Gabriel Attal, ancien Premier ministre et secrétaire général de Renaissance, a officialisé la sienne le 22 mai 2026. Cette double candidature pose une question majeure pour le camp central : ira-t-il divisé au premier tour, ou cherchera-t-il à se ranger derrière un seul prétendant avant le scrutin ?
À droite, des désignations internes et des dissidences
Chez Les Républicains, Bruno Retailleau a été désigné candidat par les adhérents le 19 avril 2026, avec 73,8 % des voix lors d’une consultation interne. Sa désignation n’a toutefois pas refermé tous les débats : d’autres responsables continuent de défendre l’idée d’une primaire ou d’un rassemblement plus large. David Lisnard, maire de Cannes, a quitté LR le 31 mars et s’est déclaré candidat le même jour, plaidant pour une primaire ouverte à droite afin de départager les prétendants et d’éviter une multiplication des candidatures. Le 27 août, Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France, a annoncé sa candidature, tout en refusant de participer à une primaire. « On ne va pas faire les mêmes erreurs à chaque fois », a-t-il assuré lors de l’Université de rentrée du Medef.
À l’extrême droite, Éric Zemmour (Reconquête !) a annoncé sa candidature sur BFM TV le jeudi 17 septembre. Cette annonce ne constitue pas une déclaration formelle, qui, selon son entourage, devrait intervenir au cours de cet automne, probablement dès octobre.
Le Rassemblement national entre candidature et procédure judiciaire
Marine Le Pen a annoncé, le 7 juillet 2026, qu’elle serait candidate, quelques heures après sa condamnation en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Elle s’est depuis pourvue en cassation. Sa situation judiciaire a longtemps nourri l’hypothèse d’une candidature de Jordan Bardella, mais la décision rendue en appel lui permet, à ce stade, de se présenter en 2027. La question reste politiquement sensible, la procédure judiciaire n’étant pas entièrement close.
Une gauche fragmentée face à l’épreuve de la primaire
Jean-Luc Mélenchon a annoncé le 3 mai 2026 sa candidature pour La France insoumise, sa quatrième tentative après 2012, 2017 et 2022. Au premier tour de 2022, il avait terminé troisième (21,84 %), derrière Marine Le Pen (23,15 %) et Emmanuel Macron (27,84 %).
Le Parti socialiste a validé le 9 juillet 2026 le principe d’une primaire, baptisée « Choisir 2027 », qui se tiendra les 9 et 10 puis 16 et 17 octobre. Le scrutin inclut notamment Place publique, mais exclut Les Écologistes de Marine Tondelier ainsi que les anciens insoumis de L’Après. Cinq candidats y participent : Olivier Faure, secrétaire général du PS ; l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place publique) ; Jérôme Guedj, député de l’Essonne ; Emmanuel Maurel, animateur national de La Gauche républicaine et socialiste ; et Ségolène Royal, déjà candidate en 2007. La représentante de cette partie de la gauche sera connue à l’issue du second tour, le 17 octobre.
Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre de François Hollande, et Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen-sur-Seine, ont annoncé leur candidature mais refusé la primaire. D’autres noms circulent, comme celui de François Hollande. Chez les écologistes, Marine Tondelier a fait valider le principe d’une candidature autonome, après avoir défendu une primaire plus large. Delphine Batho, ancienne ministre, est également candidate, tout comme François Ruffin (Debout !), qui maintiendra sa candidature qu’il participe ou non à la primaire. Le 6 septembre, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, a vu sa candidature validée par les adhérents ; le maire de Saint-Amand-les-Eaux se lance pour la deuxième fois consécutive.
Candidatures marginales et désinformation
De nombreuses formations plus petites sont aussi représentées : Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), pour leur quatrième tentative chacun, ainsi que Florian Philippot (Les Patriotes), François Asselineau (Union populaire républicaine), Clara Egger (Solution démocratique), Antoine Mikolajczak (Équinoxe), Anasse Kazib (Révolution permanente), Selma Labib (NPA-Révolutionnaires), Juan Branco (Les Ruches), Lydie Massard (Union démocratique bretonne), Benoît Mathieu et le chanteur Francis Lalanne.
La campagne se joue déjà aussi sur le terrain numérique, et la justice a commencé à s’en saisir. Fin juillet, Édouard Philippe a été ciblé par de fausses informations sur son état de santé, présentées par plusieurs médias comme une campagne de désinformation d’origine prorusse. Début août, Raphaël Glucksmann a affirmé avoir été visé par une opération de déstabilisation, et le parquet de Paris a ouvert une enquête sur des soupçons d’ingérence russe. Le 5 août, l’entourage de Gabriel Attal a indiqué que le candidat de Renaissance avait également été visé par une ingérence en provenance de Russie. Entre fausses informations, vidéos manipulées et soupçons d’influence étrangère, la présidentielle de 2027 s’annonce comme un test pour la transparence du processus électoral, dont le Conseil constitutionnel restera l’arbitre final. Reste à savoir si les enquêtes ouvertes à Paris aboutiront avant que l’institution ne rende sa liste définitive le 12 mars 2027.