Boire, cuisiner, se laver : voilà ce que l’eau de la région Anosy, dans le sud-est de Madagascar, représente au quotidien pour des milliers d’habitants. C’est cette même eau, soupçonnée d’être polluée au plomb et à l’uranium, qui place désormais 6 649 Malgaches face à l’un des plus grands groupes miniers du monde devant la Haute Cour de Londres.
La mine QMM, filiale du groupe anglo-australien Rio Tinto et deuxième plus grande du pays, est visée par une plainte annoncée le 30 septembre par un cabinet d’avocats britannique. Selon lui, les polluants rejetés par le site auraient provoqué de graves problèmes de santé parmi la population locale, et il espère obtenir des indemnisations pour les habitants concernés.
Additional reference context is available at https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261005-madagascar-les-fondements-d-une-plainte-d%C3%A9pos%C3%A9e-%C3%A0-londres-contre-une-mine-d-extraction-de-minerai.
Plusieurs experts indépendants ont constaté une concentration d’uranium et de plomb plus élevée dans l’eau en aval de la mine qu’en amont. Des analyses médicales, commandées par le cabinet et réalisées par un laboratoire indépendant, ont aussi conclu à des taux très élevés de ces deux métaux dans les organismes de plusieurs plaignants, dépassant largement les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé.
Sophie Turner, avocate associée au cabinet britannique Leigh Day, spécialisé dans les atteintes à l’environnement attribuées à des multinationales, résume les griefs des habitants : « Les plaignants vivant près de la mine affirment que les dommages causés à l’environnement ont eu un impact très important sur leur capacité à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, avec, par exemple, une diminution très importante des ressources halieutiques disponibles pour la pêche. Ils espèrent donc obtenir une indemnisation pour la perte de leurs moyens de subsistance et une dépollution de l’environnement qui a été endommagé. Ils estiment ne pas avoir obtenu cela au niveau local et c’est pour cela qu’ils introduisent ces actions en justice à Londres. »
Selon l’avocate, les victimes utilisent l’eau polluée pour boire, cuisiner et se laver. Elle ajoute : « Les plaignants affirment également que le bruit et les vibrations provenant du site minier leur causent un stress très important et des troubles du sommeil. Ils font aussi état d’affections cutanées après avoir été exposés à l’eau contaminée ainsi que de difficultés respiratoires. »
Interrogée par RFI, l’entreprise QMM a répondu aux allégations. Elle affirme dialoguer « avec les communautés, la société civile et toutes les parties prenantes » et dit publier les évaluations de suivi environnemental. Elle demande en outre au cabinet Leigh Day de lui transmettre tout élément de preuve étayant ses allégations en vue d’un examen approfondi et s’engage à « instaurer un climat de confiance ».
Pour les habitants de la région Anosy, l’issue de la procédure londonienne pourrait déterminer si les dommages qu’ils décrivent, tant sur leur santé que sur leurs moyens d’existence, seront enfin reconnus et réparés.