Carburants : à La Réunion, les automobilistes attendent toujours le feu vert de Paris
Chaque plein pèse déjà lourd pour les ménages réunionnais. Au 1er octobre 2026, le sans-plomb a atteint 2 euros le litre, un record, et le gazole 1,80 euro. Seul le prix de la bouteille de gaz est resté stable, à 18 euros, et uniquement grâce à l’aide allouée par la Région Réunion. C’est dans ce contexte que les habitants attendent des nouvelles concrètes, après des annonces qui, pour l’instant, ne concernent pleinement que les Français de l’Hexagone.
Ce vendredi 23 octobre, après l’annonce par le Premier ministre Sébastien Lecornu d’une baisse significative des prix à la pompe dans l’Hexagone, Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, a informé qu’une diminution des prix aura également lieu à La Réunion. Dans un communiqué publié ce même vendredi, elle a souligné que « les Outre-mer bénéficieront de l’effort national engagé par le Gouvernement pour faire baisser les prix à la pompe sur le gazole à compter du 1er novembre, grâce à la mobilisation des stocks stratégiques de carburant ». Elle a aussi indiqué travailler avec les ministères compétents à la mise en œuvre de modalités adaptées. Depuis, plus rien.
En métropole, les chiffres sont déjà connus. Le gouvernement a annoncé une baisse allant de 12 à 18 centimes au litre, rendue possible par le déblocage du stock stratégique, effective dès ce dimanche 1er novembre 2026. Lors de son annonce du lundi 12 octobre, Sébastien Lecornu avait promis aux Français de l’Hexagone une économie d’environ « 10 euros à chaque plein » de carburant, grâce au recours aux stocks stratégiques. Il avait également annoncé vouloir jouer la transparence, en publiant chaque semaine les profits des distributeurs et la baisse des coûts liée au déstockage.
Cette baisse métropolitaine repose sur un mécanisme précis : le recours aux stocks stratégiques de la France, achetés avant la guerre au Moyen-Orient à 0,28 euro le litre, soit nettement moins que le prix du marché actuel d’environ 1,10 euro par litre, selon Matignon. La mesure concerne aussi le gazole non routier, utilisé par les agriculteurs, les pêcheurs, les entreprises du bâtiment et des travaux publics, ainsi que le fioul domestique, des professions et des foyers directement concernés au quotidien par chaque variation du prix des carburants.
Pour s’assurer de la réussite de l’opération, le gouvernement entend jouer la transparence et le contrôle. Les volumes libérés par la Sagess, qui gère les stocks stratégiques pour l’État, seront publiés chaque semaine, tout comme la baisse des coûts conséquente au déstockage. « Chaque étape sera traçable », a assuré Sébastien Lecornu, précisant que la baisse du prix du gazole « figurera sur les factures de chaque maillon de la chaîne » et sera « affichée dans les stations ». Le gouvernement s’engage aussi à contrôler les prix et les marges des distributeurs, et pourra, s’ils ne jouent pas le jeu, « encadrer par décret les marges ».
À La Réunion, en revanche, l’incertitude demeure. La préfecture, à qui il revient traditionnellement d’annoncer les nouveaux prix, a répondu laconiquement à Imaz Press : « nous attendons le Go de Paris ». Un flou qui laisse les automobilistes, les artisans et les pêcheurs de l’île sans visibilité sur le calendrier, alors que la vie chère pèse de plus en plus lourd dans le budget des familles.
Il faut dire que la méfiance avait déjà une raison d’être. La préfecture avait indiqué à Imaz Press que « les annonces du chef du gouvernement sur la libération d’une fraction des stocks stratégiques de carburants ne concernent pas La Réunion ». Le chef de bureau à la préfecture est, selon les informations recueillies, en attente d’un feu vert par télex afin d’exécuter la baisse ou la hausse du carburant prévue en novembre 2026.
Reste à savoir si la volonté annoncée de transparence et de contrôle trouvera, à La Réunion, une application concrète. En attendant, les habitants continuent de faire le plein au prix fort, dans l’expectative d’annonces qui, pour l’heure, restent suspendues à Paris.