Washington mise 4,8 M$ sur les terres rares de Madagascar

Washington mise 4,8 M$ sur les terres rares de Madagascar

La DFC finance l'exploration d'un gisement géant d'argiles ioniques au nord-ouest de l'île

Madagascar: à Ampasindava, Washington mise 4,8 millions de dollars sur les terres rares

Le financement est modeste, l’enjeu commercial considérable. Les États-Unis s’apprêtent à injecter un premier montant de 4,8 millions de dollars dans un projet d’extraction de terres rares à Ampasindava, dans le nord-ouest de Madagascar, un site qui abriterait, selon les estimations, 699 millions de tonnes d’argiles ioniques. Ces gisements contiennent des éléments très recherchés pour la fabrication d’aimants, composants essentiels à d’innombrables technologies. La confirmation est venue, il y a deux jours, du sous-secrétaire d’État américain aux Affaires économiques, Jacob Helberg.

L’enveloppe sera versée par la Société américaine de financement du développement international (DFC) à l’entreprise britannique Harena Rare Earths, opérateur du projet. Cette institution joue ici le rôle d’investisseur public de premier plan, signalant la volonté de Washington d’ancrer le projet dans une logique de développement industriel et de retour sur investissement à long terme.

Pour Harena Rare Earths, l’appui américain constitue une validation de taille. La société britannique a obtenu, le 8 octobre, un permis d’exploitation pour le site d’Ampasindava auprès des autorités malgaches. Le capital américain doit accompagner les prochaines étapes du calendrier industriel: les études environnementales et sociales, la mise en place d’une usine pilote et d’un laboratoire, avant une mise en exploitation espérée pour fin 2028. Ce séquençage traduit une approche prudente pour un actif minier encore au stade préparatoire, où les coûts d’études et de développement précèdent toute génération de revenus.

La logique stratégique et économique qui sous-tend cet engagement est explicite. En soutenant ce projet, Washington cherche à diversifier ses chaînes d’approvisionnement en minerais critiques face à la Chine, de loin la première puissance mondiale dans l’extraction et le raffinage de terres rares. Madagascar se retrouve ainsi au cœur d’une compétition mondiale pour l’accès à ces ressources, où chaque acteur cherchant à réduire sa dépendance au géant asiatique devient un investisseur potentiel sur les gisements prometteurs.

Les États-Unis ne découvrent d’ailleurs pas le terrain malgache. Ils y sont déjà présents via l’entreprise Energy Fuels, actionnaire du mégaprojet Vara Mada, situé dans la région de Tuléar, dans le sud-ouest du pays. Ampasindava vient donc s’ajouter à un portefeuille américain déjà constitué sur l’île, dessinant une présence croissante des capitaux américains dans le secteur malgache des minerais critiques.

Pour Madagascar, l’arrivée de ces financements représente une opportunité de valoriser un potentiel géologique longtemps resté à l’écart des grands circuits d’investissement. Depuis les années 2000, une succession de sociétés ont cherché à explorer le potentiel minier d’Ampasindava, sans qu’aucune n’ait mené le projet jusqu’à l’exploitation. Le permis délivré à Harena Rare Earths et l’appui de la DFC marquent, de ce point de vue, une étape inédite pour ce gisement.

Le dossier n’est toutefois pas sans risques pour ses investisseurs. Les tentatives d’exploration précédentes se sont heurtées à de fortes contestations des communautés locales, inquiètes des risques environnementaux et sanitaires liés à une exploitation minière de cette ampleur. Ces oppositions constituent un facteur de risque opérationnel que les études environnementales et sociales, financées par l’enveloppe américaine, devront précisément adresser avant toute mise en production.

Reste à savoir si le calendrier tiendra. La mise en exploitation espérée pour fin 2028 suppose que les études, l’usine pilote et le laboratoire franchissent toutes les étapes techniques et sociales sans encombre. Pour la DFC et l’administration américaine, l’enjeu dépasse le seul site d’Ampasindava: il s’agit de démontrer que les capitaux publics américains peuvent construire, hors de Chine, des chaînes d’approvisionnement viables en terres rares, depuis la mine jusqu’aux aimants qui équipent les technologies modernes.

Questions-réponses

Quel montant les États-Unis investissent-ils dans le projet d'Ampasindava et par quel canal?

Un premier montant de 4,8 millions de dollars, versé par la Société américaine de financement du développement international (DFC) à l'entreprise britannique Harena Rare Earths, opératrice du projet.

Que contient le gisement d'Ampasindava et pourquoi est-il stratégique?

Selon les estimations, il abriterait 699 millions de tonnes d'argiles ioniques contenant des éléments très recherchés pour la fabrication d'aimants, composants essentiels à d'innombrables technologies.

Quelles sont les prochaines étapes du calendrier industriel?

Les études environnementales et sociales, la mise en place d'une usine pilote et d'un laboratoire, avant une mise en exploitation espérée pour fin 2028.

Quels risques pèsent sur le projet?

Les tentatives d'exploration précédentes se sont heurtées à de fortes contestations des communautés locales, inquiètes des risques environnementaux et sanitaires; ces oppositions constituent un facteur de risque opérationnel que les études financées par l'enveloppe américaine devront adresser avant toute mise en production.

Articles liés

  1. 1 Océanie Jeux olympiques de la jeunesse : le cap sur Dakar pour l'océan Indien
  2. 2 Océanie À La Réunion, les automobilistes attendent toujours des mesures sur les carburants
  3. 3 Océanie Rafales à 65 km/h : ce que La Réunion doit savoir
  4. 4 Océanie Paris : l'E5 met la sécurité des citoyens au centre
  5. 5 Océanie 52 entrepreneurs des quartiers récompensés à La Réunion