La sécurité des routes maritimes, des données et des opinions publiques des Européens s’est trouvée au cœur d’une rencontre ministérielle tenue à Paris. Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, y a rencontré ses homologues français, allemand, polonais et britannique. Le format E5 dépasse les salons diplomatiques : son enjeu touche directement le quotidien des citoyens, leur protection face à des menaces qui, comme le rappelle la déclaration conjointe, ne connaissent pas de frontières.
« Aucun pays européen, pas même le plus grand ou le plus puissant, ne peut faire face seul aux défis de sécurité auxquels nous sommes confrontés en cette période difficile », a affirmé Crosetto à l’issue des travaux. Selon lui, c’est ensemble que les nations européennes disposent de la puissance militaire, industrielle, technologique, politique et économique nécessaire pour garantir la sécurité de leurs peuples et leur liberté.
Le ministre a jugé que la réunion avait confirmé une volonté commune d’accélérer la construction d’un pilier européen de l’OTAN plus fort, grâce à une coopération accrue, à une meilleure interopérabilité et au développement de capacités communes. Il a plaidé pour que l’E5 ne soit pas qu’un simple cadre de dialogue politique, mais un instrument capable de produire des résultats concrets et durables, avec une coopération qui dépasse les seuls gouvernements et les seuls ministres. L’objectif affiché : défendre la sécurité, la liberté et les intérêts des peuples et de l’Europe.
Au menu des échanges figuraient le soutien européen et de l’OTAN à l’Ukraine, la sécurité européenne, les crises au Moyen-Orient et la protection des routes maritimes. Les participants ont aussi examiné les menaces hybrides qui s’ajoutent aux menaces traditionnelles, des cyberattaques à la désinformation, jusqu’aux tentatives d’influencer l’opinion publique à l’aide d’outils de profilage et d’analyse toujours plus sophistiqués. Des menaces qui, a résumé Crosetto, exigent des réponses coordonnées, concrètes et rapides.
La déclaration conjointe publiée par les cinq ministres, ceux de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne et du Royaume-Uni, pose un constat : la Russie représente la menace la plus aiguë et à long terme pour la sécurité et la stabilité euro-atlantiques. Le texte pointe la guerre d’agression menée contre l’Ukraine, les violations continues de l’espace aérien des Alliés, les actes de sabotage et le recours croissant aux attaques hybrides multi-domaines. Ces comportements, précise la déclaration, ne compromettent pas l’unité, la solidarité et la cohésion des Alliés, mais renforcent au contraire leur détermination à préserver l’intégrité de leurs territoires, à travers une approche à 360 degrés tenant compte des menaces venant de toutes les directions stratégiques.
Les Cinq partagent une conviction profonde : l’Europe doit assumer une plus grande responsabilité pour sa propre sécurité, en coordination étroite avec les États-Unis, décrits comme un Allié indispensable dont l’engagement reste essentiel pour une OTAN forte et crédible. Cette responsabilité passe par le renforcement du rôle des Alliés européens au sein de l’Alliance. Les ministres indiquent déjà prendre des mesures concrètes pour mettre en œuvre les engagements pris à La Haye, réaffirmés à Ankara, et pour atteindre les objectifs de capacités convenus. Ils annoncent un rôle de leadership politique et militaire plus important, une modernisation de leurs forces, notamment grâce à une coopération industrielle de défense fondée sur des exigences communes et standardisées, ainsi qu’une posture de dissuasion et de défense plus proactive.
L’OTAN demeure, selon le texte, le pilier fondamental de la sécurité collective. Les initiatives de l’Union européenne dans le domaine de la défense doivent être complémentaires de l’Alliance, éviter les doublons et rester ouvertes, sous certaines conditions, à une coopération avec les Alliés hors UE. Sur l’Ukraine, les cinq pays maintiennent leur engagement à la soutenir par tous les moyens disponibles, affirment poursuivre les actions visant à contrer les activités de la flotte fantôme russe dans le respect du droit international, et se déclarent unis aux côtés de Kiev pour parvenir à une paix juste et durable, soutenue par de solides garanties de sécurité.
Pour les citoyens des cinq pays, ces engagements dessinent en filigrane la trajectoire de la défense européenne dans les années à venir. Reste une question ouverte : l’E5 saura-t-il transformer ce cadre de dialogue en instrument capable de livrer des résultats mesurables pour la protection des peuples ?