Parcoursup : ce que les lycéens attendent des annonces du gouvernement
À Nantes, Klara, lycéenne en terminale, résume le malaise de toute une génération. « À 17 ans, on se cherche encore. C’est trop tôt pour nous demander de choisir un métier », confie-t-elle à franceinfo. Comme elle, des dizaines de milliers d’élèves se sentent perdus face aux plus de 25 000 formations supérieures référencées sur Parcoursup, la plateforme d’admission post-bac vivement critiquée par le mouvement lycéen, qui en réclame la suppression pure et simple.
C’est pour répondre à cette colère que le ministre de l’Education nationale annonce présenter lundi 26 octobre « une première série de décisions ». Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a ouvert la voie à la création de places à l’université, reconnaissant « des tensions réelles, en particulier en Ile-de-France [et] pour les élèves issus des baccalauréats professionnels et technologiques ». Reste la question du financement : Edouard Geffray a précisé que ces décisions se traduiront par « des amendements du gouvernement au projet de loi de finance 2027 ».
Le manque de places est précisément l’une des sources premières de l’exaspération des élèves. Le 29 septembre, devant un lycée bloqué à Créteil, Rabah Safsaf, professeur et représentant CGT, ne cachait pas son irritation auprès de franceinfo : « Parcoursup crée un désordre sans nom. » Il déplorait la difficulté de ses élèves à être acceptés dans la formation de leur choix. « C’est le reflet du manque de places dans l’enseignement supérieur », estimait-il, un constat partagé par les principales organisations étudiantes, dont certaines réclament la création de 250 000 places supplémentaires.
Ces revendications s’inscrivent dans un climat tendu. Dans les cortèges et les blocus, les lycéens dénoncent un système de sélection qu’ils jugent profondément inégalitaire. Or l’exécutif, s’appuyant sur les propos d’Emmanuel Macron évoquant « le besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup », refuse d’abroger le dispositif. Une « concertation flash » a donc été mise en place : trois groupes de travail se réunissent jusqu’à la fin du mois pour imaginer des réformes de la plateforme. Représentants de lycéens, d’étudiants et de professeurs ont été conviés, non sans tensions. Le syndicat Unsa a quitté la réunion, dénonçant « un simulacre de concertation tant les revendications lycéennes y ont été caricaturées et tant le plan de solutions proposé ne laisse aucune marge ».
Sur le fond, plusieurs pistes sont à l’étude. La première concerne l’accompagnement à l’orientation. Les lycéens sont censés bénéficier de 54 heures d’orientation par an, de la seconde à la terminale. Mais un rapport parlementaire de février 2026 explique que ce volume n’est en réalité préconisé qu’« à titre indicatif », selon les « besoins des élèves » ou l’accompagnement déjà proposé dans les établissements, si bien que « ces heures ne sont donc pas systématiquement inscrites au service des enseignants ». Laetitia Aresu, secrétaire générale de la CFDT Education, confirme ce constat : « Les professeurs principaux ont une dizaine d’heures de vie de classe à faire, mais (…) cela relève du bénévolat », déplore-t-elle. Gilles Roussel, président de la concertation sur Parcoursup, indique qu’« il est question d’introduire plus d’orientation dès la seconde ».
Deuxième piste : le système de sélection lui-même. Sur Parcoursup, les établissements des candidats sont précisés, et appartenir à un lycée réputé pour ses bons résultats peut être valorisé lors des sélections. Le rapport parlementaire de février 2026 a recommandé de supprimer la mention du lycée d’origine dans le dossier communiqué aux formations, alertant sur un « risque de biais discriminatoire dans l’étude des dossiers ». Selon Philippe Baptiste, cette possibilité « doit être mise sur la table », mais « comporte plus de complexités que ce que certains veulent parfois faire croire ».
Les manifestants visent également la sélection par le contrôle continu, qu’ils jugent source d’inégalités et de stress. Les épreuves du bac, notées de manière identique sur tout le territoire, n’entrent pas dans le dossier Parcoursup, les vœux étant formulés à partir de janvier pour une fin du processus au printemps. Gilles Roussel, également président du comité éthique et scientifique de la plateforme, recommande de disposer de notes servant de référence, comme une banque d’épreuves ou des QCM normalisés.
Dernière piste étudiée par la concertation lancée au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : la transparence. Aujourd’hui, les commissions de sélection des établissements utilisent des outils automatisés, les « algorithmes locaux ». Selon le rapport parlementaire, leur « fonctionnement au regard des critères de sélection n’est pas assez transparent et nourrit de façon plus au moins légitime des sentiments d’injustice ». Ses auteurs recommandent de publier les algorithmes propres à chaque formation ou d’indiquer comment sont hiérarchisés les critères de sélection. D’ici lundi, les lycéens sauront si ces pistes suffisent à apaiser leur mobilisation.