Justice de proximité : à Bourgoin-Jallieu, une magistrate ouvre une page inédite pour le Nord-Isère
La juridiction de Bourgoin-Jallieu jugera des crimes pour la première fois de son histoire. Une première dans le Nord-Isère, où cette compétence échappait jusqu’ici entièrement aux tribunaux du secteur. Cette évolution, portée en grande partie par Claudine Charre, présidente du tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu depuis un an et demi, illustre une réflexion plus large sur la manière dont la justice s’organise, se décentralise et se rend accessible aux justiciables.
Jusqu’à présent, les tribunaux du Nord-Isère n’avaient eu à connaître que des délits, à quelques rares exceptions près, notamment pour des crimes commis par de très jeunes mineurs. Les affaires les plus graves étaient systématiquement renvoyées aux salles d’audience grenobloises. Une justice rendue au nom du peuple, certes. Mais une proximité géographique toute relative pour les habitants du Nord-Isère, contraints de se déplacer loin de chez eux pour suivre les procédures les plus lourdes de conséquences.
Désormais, certains crimes seront donc jugés à Bourgoin-Jallieu même. Ce changement de périmètre, significatif pour l’organisation judiciaire départementale, doit beaucoup à la démarche de la magistrate à la tête de la juridiction.
Interrogée sur son parcours, Claudine Charre évoque un projet qui l’a suivie d’une juridiction à l’autre. « En partant de Roanne, l’un de mes regrets était de ne pas avoir pu faire aboutir ce projet de cour criminelle départementale », confie-t-elle. Avant d’arriver dans l’Isère, elle exerçait à Roanne, une juridiction qu’elle décrit comme de configuration similaire : un tribunal infradépartemental, un bassin de vie en soi. C’est là qu’était née l’idée d’une cour criminelle départementale, dont elle soulignait déjà la plus-value évidente, tant pour les justiciables que pour l’institution elle-même.
La cour criminelle départementale s’inscrit dans une logique de rapprochement entre la justice et les citoyens qu’elle juge. En permettant que certaines affaires criminelles soient traitées dans des juridictions de taille intermédiaire, plutôt que dans les seules grandes cours, l’institution répond à un double objectif : une meilleure accessibilité pour les victimes et les parties, et une justice ancrée dans les territoires qu’elle sert.
Pour la magistrate, l’accueil des victimes constitue précisément l’un des enjeux majeurs de la justice actuelle. C’est sous cet angle qu’elle envisage l’évolution de sa juridiction : rapprocher la justice du peuple, réduire les distances, et faire en sorte que les personnes confrontées aux procédures pénales les plus graves n’aient plus à parcourir tout le département pour voir leur cause entendue.
Cette première dans l’histoire judiciaire du Nord-Isère matérialise concrètement cette ambition. Elle traduit aussi une évolution des pratiques institutionnelles : là où la spécialisation territoriale imposait autrefois un renvoi quasi automatique vers Grenoble pour les affaires criminelles, la nouvelle organisation ouvre la possibilité d’un traitement local, sous réserve des règles de compétence applicables.
Reste à mesurer, dans la durée, les effets de ce basculement. Pour l’institution, il s’agira de démontrer que cette proximité n’altère ni la rigueur ni l’indépendance des débats. Pour les justiciables du Nord-Isère, elle signifie surtout que la justice rendue en leur nom pourra désormais l’être près de chez eux, dans les salles d’audience de leur propre tribunal.